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Renée Bonnet de Pietrafesa - Pouyanne, hommage

Reprise et traduction de l'hommage rendu par Julio César Huertas à Renée Bonnet de Pietrafesa dans El Pays Cultural

El Pays / Cultural
Repris et traduit de EL PAIS CULTURAL, 1219
(may.2013)
 

Renée Bonnet de Pietrafesa (1911-1982)

 

Derrière la partition

L'annéee 1982 a été fatidique pour l'enseignement musical de l'Uruguay avec la disparition de quatre de ses éminents représentants. Ce fut d'abord le compositeur et enseignant Santiago Baranda Reyes, décédé le 18 mai ; puis le compositeur Jaurés Lamarque Pons le 11 juin, et les pianistes et pédagogues Hugo Balzo et Renée Bonnet de Pietrafesa respectivement les 17 juillet et 17 décembre.

   
| Julio César Huertas |

Cette dernière, remarquable pianiste très prisée à son époque, est restée à la postérité plus comme enseignante que comme concertiste du fait de sa grande humilité et du peu de publications sur sa trajectoire.

La pianiste. Renée Bonnet Pouyanne est née à Montevideo le 7 décembre 1911, dans un foyer où la musique avait un fauteuil d'honneur. Son oncle Alberto Pouyanne, fondateur du ballet du Sodre, a été son premier professeur de piano au Conservatoire Kolischer. Elle avait neuf ans quand elle a commencé ses études, mais très tôt son oncle a décelé son talent, et a décidé ce serait le maître Guillermo Kolischer qui continuerait sa formation. C'était en 1923, et en août de la même année Bonnet réalise sa première représentation publique, au Conservatoire La Lira.

Plusieurs critiques musicaux étaient présents lors du récital et on peut trouver dans leurs journaux respectifs des évaluations élogieuses de la pianiste. El Pays publia : "La petite Renée Bonnet a provoqué un étonnement général par l'intuition musicale avec laquelle elle a interprété les auteurs classiques aussi ardus que Bach et Händel". Pour sa part, le journal Siècle affirma : "Renée Bonnet, pianiste à la technique claire  et interprète subtile, donne l'impression d'une artiste en pleine maturité de ses moyens."

Deux ans après, Kolischer la présenta en audition dans son propre conservatoire en même temps que ses condiscíples María Angélica Piola et Mary Lambert.

Le 23 juillet 1933, à la demande de l'Asociación Argentina de Música de Cámara, elle joue au Teatro Cervantes de Buenos Aires, interprétant des œuvres de Franck, de Chopin, de Chabrier, de Faille et de Prokofiev. Six ans après, elle jouee (9 juillet 1939) conjointement à Yanka Kolischer et Mercedes Iglesias dans l'auditorium du Sodre avec l'orchestre d'Audem - dirigée par le maître Eric Simon-, où ils interprètent le "Concert pour trois pianos en Do Majeur" de Johann Sebastian Bach.

Portes ouvertes à la musique. La vie familiale de Renée Bonnet fut aussi dédiée à la musique. Le 20 mars 1937 elle contracte mariage avec le Dr. Juan Carlos Pietrafesa, avec lequel, des années plus tard, elle fondera sa propre école. De cette union deux filles naîtront : Renée, qui se distinguera comme compositrice et comme pianiste, et Alicia comme soprano et comme enseignante.

Le 24 novembre 1928 Bonnet a offert un nouveau récital avec des œuvres de Scarlatti, de Beethoven, de Chopin et de Ravel. Là aussi, on trouve dans la presse des informations sur ce concert. "Cette jeune pianiste a le don de l'expressivité : dès le début du programme, elle a pu démontrer la ductilité de son tempérament. Sa compréhension devant deux œuvres aussi différentes que la Sonate op. 90 de Beethoven et la délicieuce Sonatina de Ravel est remarquable, puisqu'elle a dû à passer dans la même forme de composition de la grâce réfléchissante de l'une, à la grâce délicieusement tendre et légère de l'autre. "Sa technique très claire et son attention à l'ensemble dans l'œuvre démontrent parfaitement que cette jeune a étudié et a été formée sous la conduite d'un vrai musicien", a souligné le critique du journal El Plata.

La maison de Renée et Juan Carlos a toujours été un lieu portes ouvertes pour toute personne qui avait besoin d'un piano où d'étudier. Sa générosité n'avait pas de limites ; c'est ainsi que bien des fois divers artistes viendront directement vivre à sa résidence. Héctor Tosar, avec son épouse Edda Piaggio, en a été l'un parmi bien d'autres. De plus, cette couple a vu naître à son premier fils dans cette maison.

Innovations techniques. Bonnet introduira dans ses classes d'importantes innovations telles que le relâchement musculaire et une étude détaillée des mouvements que requiert chaque difficulté pianistique. Ses classes n'avaient pas de durée fixe parce que jusqu'à ce que l'élève ne comprenne ce qu'elle voulait lui transmettre, elle ne la donnait pas pour finie. L'une de ses phrases favorites était : il faut "plonger derrière la partition" c'est-à-dire trouver derrière la partie imprimée ce que l'auteur voulait transmettre au-delà de la simple annotation. Cela plaisait à Renée d'organiser des auditions avec ses élèves, pas dans un esprit de concurrence, mais plutôt dans celui de confraternité.

Quant à l'interprétation, elle l'a tellement approfondie que tout de suite des pianistes remarquables qui s'étaient formés avec Kolischer sont venus après son décès rechercher ses classes d'interprétation, comme Héctor Tosar, Luis Batlle Ibáñez, Celia Roca et Raquel Adonaylo. Dans sa résidence de la rue Suárez, vinrent donner des classes magistrales, les pianistes Jörg Demus et Josef Turczynski, le compositeur Enrique Casal Chapí, la soprano Ninon Vallin, et l'organiste Angelo Turriziani.

Sa propre école. Avant ses 20 ans, Renée Bonnet avait déjà commencé sa carrière d'enseignante. Lors de son examen public, pour obtenir le titre de professeur de piano par le Conservatoire Kolischer - le 17 mai 1930 dans le salon de concerts du Palacio de la Música -, la pianiste a interprété entre autres œuvres la "Fantaisíe op. 17" que Robert Schumann dédiera à son ami Franz Liszt. Par la suite, le 29 janvier 1931, son maître d'harmonie Tomás Múgica la présentera à l'examen où (elle obtiendra le titre de professeur devant un jury éminent.

Bonnet a intégré le corps de professeurs du premier Conservatoire National, créé et dirigé par le maître français Albert Wolff en 1942. Dans une lettre du 16 avril de cette année, la fondatrice de "Arte y Cultura Popular", María Vinent de Müller, déclara : "sa nomination me semble très méritée puisque tous nous lui reconnaissons ses dons exceptionnels d'enseignement. Une fois encore, je me réjouis de voir comment va  ainsi perdurer l'école de Kolischer au travers du temps."

En juin 1947 Renée offre, dans le Paranymphe de l'Université, un concert en "Hommage à Ravel" avec sa condiscíple Mercedes Olivera. Une autre de ses facettes a été celle d'une excellente accompagnatrice, comme cela s'est manifesté lors de ses interprétations auprès de la soprano Ninon Vallin et du baryton Gérard Souzay.

De même que les enfants, à un certain âge, s'émancipent de leurs parents, de même les élèves recherchent de nouveaux chemins. En 1950, Renée et son époux ont fondé leur propre institut : la "Escuela de Música Renée Bonnet", à laquelle s'intégreront avec le temps le violoniste Charles Eizmendi - connu comme "Becho", qui a été immortalisé par la chanson d'Alfred Zitarrosa-, et le guitariste Amílcar Rodríguez Inda.

Elle est décédée à Montevideo le 17 décembre 1982, mais son legs pianistique perdure au travers de ses filles : Alicia Pietrafesa, dans l'Instituto de Música qui porte son nom, et Renée Pietrafesa, dans sa "Quinta del Arte". Parmi ses nombreux élèves, on remarque : Elsa Astiazarán, Cristina García Banegas, Nancy Nistal, Lourdes Repetto et Numen Vilariño.